Des anecdotes d'humoristes

Un premier livre pour François Morency

Le 4 mars 2012 à 9:40

Un premier livre pour l'humoriste François Morency
© Guy Beaupré
Samuel Pradier

Tous ceux qui montent sur scène peuvent s’attendre à vivre des mésaventures en raison d’un manque d’organisation, de trous de mémoire ou simplement parce que le contact avec le public ne se fait pas. Dans son livre intitulé Dure soirée: histoires vraies et autres humiliations, François Morency a recensé un nombre incroyable d’anecdotes sur des moments humiliants vécus par des humoristes...

François, d’où t’est venue l’idée de ce livre?

Il y a six ans, j’animais un gala Juste pour rire. Après le show, nous étions quatre ou cinq humoristes à parler de tout et de rien. Un d’entre nous a commencé à nous raconter une anecdote sur un moment où il a eu l’air véritablement cave, et les autres ont renchéri avec des histoires tout aussi incroyables. Je me suis rendu compte que nous avions tous des histoires à raconter sur la fois où nous nous étions cassé la gueule. Je me suis dit qu’il fallait recenser ces histoires, souvent drôles ou, à tout le moins, touchantes.

Comment as-tu construit le livre?

Je voulais que les gars me racontent d’abord leurs anecdotes et, qu’ensuite, je les écrive à ma manière tout en expliquant le lien qui me relie à cet humoriste et en faisant quelques digressions sur les techniques en humour. J’ai appelé tous les humoristes directement — les agents ne sont pas intervenus dans le processus. Ils ont tous accepté. Nous nous sommes rencontrés de façon informelle chez eux, chez moi ou au restaurant. Ils m’ont tous raconté beaucoup d’histoires sans savoir lesquelles je conserverais ni comment je les raconterais. Personne n’a approuvé ce qui est écrit.

Y avait-il des choses «inracontables»?

S’il y en avait, ils ne me les ont pas dites. Les seuls choix que je me suis imposés, c’était de ne pas raconter d’histoires qui se ressemblaient ou qui pouvaient ne pas être intéressantes à l’oral et sur le plan littéraire.

Quelle a été la plus grosse difficulté?

«Je me suis rendu compte que nous avions tous des histoires à raconter sur la fois où nous nous étions cassé la gueule…»

Ç’a été d’adapter les propos qu’on m’a relatés à la forme écrite. Ensuite, il a fallu que je respecte les faits — ce qui est réellement arrivé — tout en y mettant ma couleur. Je n’ai pas fait une job de journaliste, c’est-à-dire de rapporter des propos. J’ai pris la liberté de donner ma vision de leurs anecdotes, tout en respectant les faits.

As-tu aussi eu envie de donner un certain côté pédagogique à ton bouquin?

Ce n’est pas un livre pour les humoristes, c’est avant tout un livre pour les fans d’humour. Parmi ceux-là, il y en a qui vont voir un show par an et d’autres qui vont en voir toutes les semaines. Il fallait donc que ce soit «comestible» pour tout le monde.

Écrire des textes d’humour pour la scène et pour un livre, est-ce la même chose?

Non, pas du tout. Le fait d’être collé sur des histoires réelles, ça facilite les choses parce que la matière première est déjà là. Par contre, ça met aussi un frein à la créativité parce que je ne peux pas transformer totalement une histoire.

Pourquoi, selon toi, peu d’humoristes québécois osent écrire des livres ou publier les textes de leurs shows, par exemple?

J’imagine que c’est parce qu’il n’y a pas d’argent à faire avec la littérature. (rires) Les gars sont peut-être aussi très jaloux de leurs textes et ne veulent pas les rendre disponibles. Il y a également le fait que plusieurs textes ne rendent pas forcément justice aux numéros. Quand j’animais des galas Juste pour rire, je recevais souvent les textes de mes invités pour les lire avant le show et je me disais que ce n’était pas drôle. Mais, quand je les voyais faire, ça devenait comique. Quand tu écris des textes humoristiques qui seront joués sur scène, le texte représente la moitié du travail. L’autre moitié, c’est la manière de le jouer.

Dans ce livre, les producteurs ne sont pas les plus sympathiques et semblent être préoccupés surtout par l’argent. Est-ce représentatif de la réalité?

Je me suis rendu compte que le mythe du producteur véreux existe réellement. Ce sont des gens de chiffres au départ. Sans être des sans-cœurs, ils pensent d’abord à l’aspect business de la chose, alors que l’humoriste s’attarde à l’aspect artistique. Idéalement, les deux se marient et se respectent. En même temps, il faut savoir que je n’ai répertorié que les histoires qui ont mal tourné.

As-tu envie de faire d’autres livres?

Oui, je veux en faire un autre. Le prochain ressemblerait un peu à ce que les Américains font, soit un mélange de matériel que j’écrirais spécifiquement pour le livre et de textes de radio, de shows ou de galas. Un livre de création humoristique à 100 %.

Qu’est-ce qui fait qu’on se retrouve dans des situations improbables comme celles que tu racontes dans le livre?

Ça peut dépendre de plusieurs choses: on a accepté un contrat qu’on aurait dû refuser, on a mal choisi ceux qui nous entourent, on a fait une erreur de jugement… il y a mille trucs qui peuvent survenir. L’avantage en tant qu’humoriste, c’est que, s’il t’arrive une situation difficile, tu peux la récupérer dans un numéro ou dans une blague. En même temps, c’est pire pour les humoristes parce que nous sommes seuls. Un musicien peut trouver du plaisir avec ses musiciens…

 

Dure soirée: histoires vraies et autres humiliations, de François Morency — Les Éditions de l’Homme

Commentaires :
commentaires